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Third millenium equipoise Epilogue

Traduction

Je suis assis dans mon jardin avec mon petit garçon. Nous envisageons de planter un arbre dans l'arrière-cour. Il veut que je plante un jacaranda. Il a vu ces arbres ailleurs et aime les grappes mauves de cet arbre quand il est en fleurs. Moi je veux planter un peepul. Il met du temps à pousser mais il est sans âge. Il attire une quantité de variétés d'oiseaux. C'est l'arbre sous lequel le Bouddha a atteint l'illumination. Il est encore vénéré par les gens. Ils l'épargneront quand il y aura une pénurie de bois de chauffage dans cette région sujette à la sécheresse. Il y a une grande pauvreté par ici. Je vois des femmes et des enfants rassembler des brindilles toute la journée afin de cuire leur repas du soir dans leur habitation en boue.
J'essaye d'expliquer tout cela à mon fils. Il m'écoute patiemment mais je ne crois pas qu'il comprenne. Il voit que je suis devenu pensif. Il veut savoir ce que je pense. Que devrais-je lui dire ? Que je suis tout d'un coup rongé par
le doute. Puis-je vraiment faire des plans aussi longtemps à l'avance ? Y aura-t-il encore quelqu'un pour goûter l'ombre du peepul et écouter le chant des oiseaux quand l'arbre sera devenu grand ? Je n'en suis plus si sûr maintenant. J'envie mes ancêtres, du plus loin qu'ils remontent, jusqu'aux brumes de l'antiquité. Chaque génération successive doit avoir eu sa part de joies et de peines ; ils ont dû affronter des problèmes de toutes sortes ; mais ils n'ont pas pu ressentir le genre de doute que j'éprouve. Le fruit de leur travail bénéficierait à leurs fils et au fils de leur fils. Les générations à venir chanteraient leurs actions. Il y aurait quelqu'un, quelque part, pour empêcher leur foyer de s'éteindre. Puis-je transmettre cette certitude à mon petit garçon, qui me regarde maintenant avec un émerveillement qui attriste mon cour au lieu de le réjouir ?
Je vois s'illuminer un oiseau suimangapourpre posé sur une tige mince. Son plumage scintille dans le soleil. Des papillons et des libellules flottent dans l'air embaumé. Je commence à réfléchir aux milliers d'espèces qui partagent la planète avec l'Homme. Lorsque nous disparaîtrons, combien d'entre elles aurons-nous emportées avec nous ?
Nous sommes-nous arrogé le droit d'être les arbitres de leur destin, ou avons-nous simplement cessé de nous y intéresser ? La conscience sensibledoit s'étendre à des trillions de zillions de créatures qui ont lentement évolué sur des milliards d'années. Combien de temps nous faudra-t-il pour balayer définitivement une grande majorité d'entre elles ?
Un chien errant est entré dans le jardin. Mon fils et moi ramassons une pierre. C'est un réflexe. Il a été implanté dans le cerveau de mon enfant depuis l'âge le plus tendre. Mon bras s'arrête en l'air au milieu de mon geste. L'enfant va jusqu'au bout. Il a touché son but. L'animal jappe de douleur et s'enfuit furtivement. J'ai déjà vu ce chien. Mes propres chiens se mettent à aboyer furieusement chaque fois qu'il entre dans notre propriété. Ils sont bien nourris. Ils n'auraient même pas l'idée de renifler quelque chose qui n'est pas à leur goût. Le chien errant va fouiller la poubelle pour trouver quelque morceau - n'importe lequel- parmi les restes. Ses frères chiens lui contesteraient ce morceau. Ainsi que moi, semble-t-il. Je me demande comment cet animal errant peut survivre en étant pourchassé du matin au soir. Et qu'en est-il des errants et abandonnés de notre société ? Combien de millions ou de centaines de millions sont-ils ? Sur un plan différent est ma réaction, instinctive, lorsque l'un d'entre eux s'égare dans mon cercle de lumière et de chaleur.Est-ce que je me sens menacé, ou est-ce que leur présence libère des doutes que je préfèrerais garder sous un couvercle ?
Par quel hasardai-je acquis la capacité de penser ? Si tout ce que je recherche est le bonheur ou une satisfaction personnelle, alors ne serais-je pas mieux sans une intelligence qui continue à me pousser dans des labyrinthes, alors que j'ai en ma possession tous les ingrédients qui devraient me conduire à cet heureux état.A première vue, la proposition inverse est plus vraie : plus le niveau de l'intelligence est bas, plus le plaisir induit par la satisfaction de besoins primaires est grand. Une vache est dans un état de quasi félicité quand elle rumine. Un approvisionnement permanent perpétuerait cet état. Un paysan, simple, illettré, qui laboure ses champs est satisfait si la pluie arrive à temps ou s'il a un vrai repas à la fin de la journée. Ces deux catégories se satisferaient de ce qu'elles ont, sans chercher plus loin. Alors, qui trouble l'harmonie naturelle de l'existence ?
Cela ne pourrait pas être la conséquence de la simple pulsion d'agression. Le tigre traque sa proie seulement lorsqu'il a faim. Quand cette faim est assouvie et qu'il a étanché sa soif dans le ruisseau, il s'endort paisiblement dansl'ombre tachetée.Jusqu'à ce que son estomac le tiraille,il est en paix avec lui-même et avec son environnement. Il ne troublera pas la tranquillité de la jungle. Le bûcheron vivait dans la forêt. La charge de bois que portait son âne et qu'il vendait à la ville suffisait à subvenir aux besoins de sa famille. Ils n'avaient pas beaucoup d'attentes. Ils étaient en harmonie avec le rythme de la forêt. D'où peut donc venir ce besoin de détruire la forêt ?
Au cours des étapes de son évolution, l'homme commença par essayer de comprendre son environnement ; ensuite, il essaya d'y vivre ; et enfin il tenta de le maîtriser. C'est l'étape dans laquelle nous sommes ; la dominance. La domination peut être atteinte par un procédé grossier (la destruction) ou par un procédé subtile (l'exploitation). La pulsion de domination menace l'équilibre de la terre, et le ferment ainsi créé relâche de terribles explosions d'énergie sous forme de forces physiques (procédé grossier) et de forces mentales, qui sur le plan le plus élevé deviennent un procédé subtile, et sur le plan le plus bas, un procédé grossier. Dans la sphère intellectuelle, le résultat du combat entre le grossier et le subtil déterminera le chemin qui sera suivi par l'humanité.S'appliquant à un individu, s'il est dans un état subtil,l'assouvissement des pulsions élémentaires ne conduit pas, en soi, à la satisfaction.
Le fait de réaliser que la satisfaction des besoins ne peut pas être la fin de ce que nous cherchons vraiment oblige l'homme à regarder au-delà : à l'intérieur de lui-même (le microcosme) et à l'extérieur (le macrocosme). C'est la pulsion d'excellence qui est inhérente à chaque être humain. C'est la condition qui transforme l'homme en surhomme. ..
Dans le vingtième siècle après la naissance du Christ, dans le quinzième siècle après la naissance du Prophète, dans le cinquième ou sixième millénaire après les plus anciens Ordres qui ont tenté de définir les bases de notre existence, l'humanité est à un tournant. C'est la première fois depuis que notre race a commencé que nous avons un choix conscient devant nous : réaliser notre destinée : ce qui nous conduira, au-delà des étoiles, à (combler ?)remplirl'univers ; ou à retourner couler au fond de l'oubli, sans commencement et sans fin. ..
Le crépuscule approche. Dans cet endroit serein, encore ancré dans le passé, les troupeaux rentrent pour la nuit et j'entends tinter les cloches des vaches. On distingue au loin le meuglement d'un veau égaré. Jevois que mon fils est sorti par la porte en courant. Vais-je le suivre ou attendre ici qu'il revienne de lui-même ?Je suis inquiet. Les temps ont changé.Il y a des courants sous-jacents qui m'atteignent malgré mon éloignement. Quel mal envahit le cour des hommes pour que même dans ce havre de paix je me sente mal à l'aise ?
La violence et l'agitation augmentent. C'est pareil partout. De l'Est à l'Ouest et du Nord au Sud : suicide, homicide, génocide, viol, incendie criminel, pillage ; agitation urbaine, agitation rurale, mécontentement populaire ; chez les groupes avec de hauts revenus, les groupes avec de bas revenus, et les groupes avec pas de revenu du tout. Ils disent que c'est un problème de Loi et d'Ordre. La jeunesse se déchaîne.
Nous refusons de la reconnaître pour ce qu'elle est : l'INCERTITUDE. L'incertitude, tout ce que nous entreprenons est futile en face de cette peur constante, rampante d'un cataclysme qui peut tout réduire en cendre en quelques heures. Incertitude, comment peut-on espérer un comportement rationnel quand on vit dans le plus irrationnel des environnements ? ..
Enlève l'irrationalité et l'onguent viendra baigner et apaiser les nerfs épuisés d'une génération désespérée. ...
Je ne sais pas s'il y a une vie après la mort. Je ne sais pas si cette chose que nous appelons l'atman (l'âme) périt avec nos restes mortels quand nous mourrons. Je ne sais pas si l'expérience mystique (l'illumination) est une simple perception sur un plan différent ou s'il s'agit vraiment de la réalisation de l'Infini. Il y a beaucoup de choses que je ne sais pas. Ce que je sais, c'est que « je fais partie de l'humanité » et jusqu'à ce qu'il reste un homme qui respire, maintenant, ou dans un milliard d'années, je ne pourrai jamais vraiment mourir. Je fais partie de la force de vie. Je suis la continuité (le continuum ?) d'avant et d'après. A travers d'étranges processus j'ai hérité d'une qualité, d'une pensée, d'une mémoire raciale de mes plus anciens ancêtres. Dans une conscience primaire, il se peut que je sois encore influencé par une empreinte de pied laissée dans le sable il y a un million d'années, et à mon tour, il se peut que je génère un gène qui, par des mutations complexes, deviendra la clé ouvrant une porte dans un million d'années. ....
Je ne sais pas si Dieu existe. Comme la plupart de mes compagnons humains, j'espère désespérément qu'il y en ait Un. D'une certaine manière, cela me libèrerait de la responsabilité de mes actions ou inactions. N'espérons-nous pas tous, au plus profond de nos cours, que Quelqu'un nous ramènera dans le droit chemin avant qu'il ne soit trop tard ? Et s'il n'y a pas Quelqu'un ? Ou s'il y a Quelqu'un, et qu'Il nous ait laissé décider pour nous-même. Est-ce que l'Homme sera à la hauteur de sa grandeur, ou est-ce que quatre milliards de « petits » hommes marcherons impuissants vers l'oubli ?


NOTE:
Vinod Saighal, maggiore generale (in congedo) dell’Esercito Indiano, direttore esecutivo della Eco Monitors Society e membro del Comitato Scientifico di "Geopolitica".

 

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